Si la course à pied est définitivement reconnue pour ses bienfaits sur la santé, elle engendre des microtraumatismes qui peuvent générer des douleurs tendineuses, musculaires ou articulaires. C’est la répétition excessive du même geste, la foulée, qui peut créer des surmenages, responsables des blessures. Lors d’un marathon par exemple, c’est plus de 26 000 fois que le « runner » va subir une onde de choc de près de 3 fois le poids de son corps !

La première victime de ces agressions répétées est, sans conteste, le genou, pour 40 % des cas. Et c’est la rotule qui va le plus souvent souffrir, on parle alors de syndrome rotulien. Représentant près d’un quart des douleurs rencontrées par les coureurs, les experts dans le domaine l’ont surnommé « le genou du coureur ».

Ce syndrome rotulien ou fémoro-patellaire peut constituer un vrai handicap et entraîner l’arrêt momentané de la pratique, voire même s’installer et devenir chronique.

Ce petit guide pratique a pour but de définir les points clés pour prévenir et guérir de ce syndrome.

Le syndrome fémoro-patellaire (SFP), qu’est-ce que c’est ?

La rotule, mal positionnée dans la trochlée fémorale, « rail » dans lequel elle glisse, subit une contrainte anormale dans les mouvements de flexion/extension, notamment en course à pied.

Il peut se déclencher après une séance plus longue, plus intense ou avec plus de dénivelé. Il s’installe parfois progressivement ou survient lors de la reprise du running après un arrêt prolongé.

Fig. 1 : Le genou en coupe transversale à gauche et de face à droite. Le déplacement latéral de la rotule dans la trochlée entraîne une pression trop importante.

Symptômes

 

Fig. 2 : La douleur du syndrome fémoro-patellaire.

Ils se caractérisent par des douleurs antérieures du genou :

– ressenties de diverses façons, mal systématisées

– autour de la rotule, voire sous la rotule

– parfois accompagnées de raideur avec difficulté/impossibilité de finir la séance

– augmentées par le dénivelé, notamment la descente

– au quotidien, fréquemment :

  • dans les escaliers (notamment en descente)
  • assis trop longtemps genou fléchi (signe du cinéma)
  • en position accroupie
  • avec éventuel crépitement ressenti sous la rotule

Fig. 3 : La descente des escaliers est souvent le symptôme le plus douloureux hors course.

Causes

Fig. 4 : Biomécanique défectueuse dans le syndrome fémoro-patellaire (schéma Barton JC et al, 2015)

On distingue 2 grands types de causes.

– les défauts du coureur :

  • les défauts anatomiques de la rotule ou du « rail » fémoral
  • les faiblesses musculaires du quadriceps et des fessiers
  • les défauts d’alignement de la foulée, notamment genou en dedans

– les erreurs du coureur :

  • augmentation ou variation brutale du kilométrage et/ou du dénivelé
  • exercices physiques complémentaires non appropriés ou mal exécutés (squat/fente)
  • chaussures non adaptées (DROP trop important ou trop usées)
  • foulée avec forte attaque arrière-pied

Fig. 5 : Les erreurs du coureur sont parfois mal identifiées par celui-ci.

Traitements

Voici quelques conseils pour les coureurs en cas de symptômes débutants.

– réduire la durée des entraînements pour en augmenter la fréquence

– continuer à courir sans dépasser une intensité de douleur de 2/10

– si besoin alterner des séances de marche et de course pour rester < 2/10

– éviter les pentes et les escaliers

– modifier sa foulée, diminuer l’attaque arrière-pied avec un coach running (https://blog.urban-challenge.fr/foulee-course-a-pied/)

– diminuer le drop de la chaussure

Fig. 6 et 7 : Le passage de la foulée arrière-pied à la foulée avant-pied, tout comme la diminution du DROP de la chaussure doivent s’effectuer de façon très progressive.

Une prise en charge médicale pluridisciplinaire

Après un arrêt sportif déterminé avec le thérapeute, la reprise de la course à pied doit se faire progressivement avec :

– un programme personnalisé en fonction de la durée de l’arrêt

Fig. 8 : La reprise de la course à pied s’effectue progressivement en endurance fondamentale puis en endurance active. (Barton JC et al, 2015)

–  du renforcement du quadriceps et des fessiers sous surveillance du kinésithérapeute, avec étirements des ischio-jambiers

Fig. 9 : Différents exercices de renforcement musculaire. (Esculier et al, 2017)

– une correction des défauts d’alignement de la foulée grâce à des semelles orthopédiques après analyse dynamique par un podologue du sport

Fig. 10 : La semelle orthopédique a un rôle déterminant en cas de déviation en interne du genou en situation dynamique de course.

– un taping rotulien pour un soulagement à court terme

Le SFP est une pathologie mettant en jeu de nombreux facteurs. Pour répondre à la grande diversité des causes pouvant être responsable de son apparition, il n’existe pas de solution miracle. Une combinaison de traitements coordonnés est nécessaire pour assurer une reprise de la course à pied sans douleurs.

La bonne compréhension de la situation par le coureur et une modification de certaines de ses habitudes sont des points cruciaux qui permettent une pratique pérenne du running.

Yves Lescure est podologue à Paris et responsable du diplôme universitaire en podologie du sport et biomécanique à l’Institut National de Podologie. Marathonien en 3h21 et centbornard en 10h59, il pratique la course à pied depuis 2012.

Le Docteur Tarek ALA EDDINE est chirurgien orthopédiste, spécialiste du genou, médecin du sport.
Intervenant à L’Institut National de Podologie dans le diplôme universitaire de podologie, biomécanique et sport.