Si beaucoup de sujets prêtent à débat en course à pied, celui de la prise d’appui au sol est de loin le plus enflammé.

Depuis 10 ans, l’attaque avant-pied versus arrière-pied en running fait l’objet de nombreuses études scientifiques et biomécaniques, permettant aujourd’hui d’aboutir à des conclusions pouvant guider le runner en proie à cette question : dois-je changer de foulée ?

Les recherches scientifiques

Il ne s’agit pas ici de définir une énième fois quelle est la « meilleure foulée ». En effet, le lot de subjectivité associé aux différents arguments scientifiques ne permet pas aujourd’hui de statuer réellement ni sur la performance ni sur le taux de blessures.

En revanche, ce que l’on sait avec certitude, c’est que chacune des prises d’appui implique un fonctionnement mécanique spécifique de l’ensemble de l’appareil locomoteur. En d’autres termes, les muscles, les tendons et les articulations ne subissent pas les mêmes tensions et les mêmes contraintes selon que la prise d’appui se fasse par l’avant-pied ou par le talon lorsque l’on court.

La majorité des études scientifiques réalisées sur ce sujet ces dernières années a permis de tirer trois conclusions à noter :

  • La course avant-pied engendre moins de contraintes et de tensions sur le genou, la hanche et le dos par rapport à la course arrière-pied,
  • La course arrière-pied engendre moins de contraintes sur le pied, le mollet, le tendon d’achille et l’aponévrose plantaire,
  • Par conséquent, pour passer d’une foulée à une autre, une période de transition est nécessaire pour éviter de surmener des structures anatomiques qui n’ont pas l’habitude de travailler autant.

Les blessures en course à pied

Les blessures en course à pied sont de natures et d’origines diverses et variées.

Dans plus de 40 % des cas, c’est le genou qui est touché. Viennent ensuite les problèmes de pied et de jambe (25 %) avec notamment la tendinite d’achille et la périostite, suivis de près par l’aponévrosite plantaire (douleur de la plante de pied). Les lombalgies et autres tendinites de hanche sont également à évoquer dans une moindre mesure.

L’ensemble de ces pathologies nécessite une prise en charge par un médecin du sport qui, le plus souvent, associe différentes thérapeutiques. Fréquemment, le kinésithérapeute et le podologue travaillent en synergie sur les causes et conséquences de la blessure du runner. Une diminution de la pratique ou une période de repos est le plus souvent nécessaire avant une reprise progressive.

C’est à ce moment qu’un changement de foulée de l’arrière-pied vers l’avant-pied peut s’avérer des plus pertinents et s’associer à la prise en charge médicale mise en place. Plus encore, quand un coureur subit des blessures chroniques, cette « mutation » peut s’avérer salvatrice.

Mais attention, elle ne constitue absolument pas une solution à tous les problèmes et peut même être, dans certains cas, une aberration.

Les solutions pour le coureur

Pour être précis, et en accord avec les recherches scientifiques évoquées ci-dessus, les pathologies du genou, avec notamment le syndrome rotulien (runner’s knee), véritable star des blessures en course à pied et le syndrome de la bandelette ilio-tibiale (essuie-glace) mais aussi les problèmes de cartilage et de ménisque, constituent assurément une très bonne raison d’effectuer ce changement vers l’avant-pied. La même approche est également judicieuse dans le cas des lombalgies, ainsi que la plupart des problèmes articulaires et musculaires de la hanche et du bassin.

En revanche, pour la plupart des pathologies du pied et de la jambe, décrites plus haut, il ne faut pas entreprendre cette démarche. Il est même nécessaire dans certains cas, d’envisager le processus inverse (de l’avant vers arrière) pour, par exemple, faciliter une reprise du running après une périostite ou une tendinopathie d’achille.

De même, chez un coureur avec des lésions musculaires du triceps sural (mollet) à répétition, la foulée avant-pied est à remettre en question voire à incriminer, car elle engendre une « hypersollicitation » de ce groupe musculaire.

C’est justement le travail accru demandé aux muscles postérieurs de la jambe lors de la prise d’appui avant-pied qui impose la nécessité d’une période de transition. Selon les experts, cette période d’adaptation varie de 6 mois à plus d’un an pour passer d’une foulée arrière-pied à une foulée avant-pied et retrouver le même niveau de pratique.

Ce changement s’effectue sous le contrôle d’un coach expérimenté qui fixera un programme précis en collaboration avec le thérapeute.

En bref

Le choix du type de foulée peut en effet avoir un véritable intérêt aux vertus thérapeutiques comme il peut représenter la source de vos pathologies récurrentes. Quoiqu’il en soit, changer de foulée représente un vrai challenge qui doit être justifié. Une période de transition, encadrée par une équipe médico-sportive compétente, s’avère nécessaire.

 

Sébastien Delacroix                                                 
Docteur en biomécanique
(Institut National de Podologie) 

Yves Lescure                                                  
Podologue
(Institut National de Podologie)